Billet d’humeur N°1 : la course au développement personnel, et oui, je suis fan de Jean-Pierre Bacri

Billet d’humeur N°1 : sur la course au développement personnel, et oui, je suis fan de Jean-Pierre Bacri

Vous avez remarqué comment l’air du temps est imprégné de développement personnel ?… Comme un bruit de fond, parfois un peu agaçant, qui rythmerait des phrases du genre « sois heureux » « sois toi-même » « sois spontané » « sois performant » « sois émerveillé » « reste jeune » « arrêtes de penser », «stimule ton cerveau droit » « sois un parent positif » ….qui pourrait apparaître comme un dictât de la pensée positive et une quête sans fin « d’être à l’attention de savoir que j’existe »*.

Les rayons de librairies regorgent d’ouvrages en tous genres sur la connaissance de soi, le chemin vers le bonheur et autres techniques de « transmutation-bio-para-énegertico-alaouanéguaine » dans le but de devenir une « meilleure version de soi-même ».
Sans oublier les réseaux sociaux qui débordent littéralement de citations zen-bouddhistes saupoudrées de « lâcher prise » à toutes les sauces et sans gluten, svp…. Bref l’écœurement est parfois tout proche….
Attention, je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain (elle est bizarre cette expression..), et je suis la première à expérimenter des outils, méthodes de développement personnel et je peux témoigner de comment cela peut être vraiment aidant et facilitant à bien des niveaux.
Et si à trop vouloir se développer on finissait par empêcher la beauté de surgir ?
Question de dosage.
Car lorsque parfois la pression s’installe, la barre n’est même plus trop haute et elle est juste surréaliste. Gommer, corriger, atténuer, gérer, reprogrammer, faire disparaitre, transcender, transmuter…. Comme une obligation de résultats sur sa façon de communiquer, de contrôler ses peurs, de méditer, de respirer, de gérer ses émotions, son temps, sa sexualité, sa fatigue, ses vies antérieures, de parler à ses enfants, à son boss, à sa plante verte, de manger, de penser….

Et un jour, tandis que je me questionnais sur quelques approches « gestionnaires » des émotions, j’ai eu une pensée émue pour Jean Pierre Bacri, et tout particulièrement concernant certains personnages qu’il a incarné au cinéma… des rôles d’homme bougon, en transition, dépressif, surmené, râleur, grincheux, à la ramasse, coincé, timide, jaloux, cynique, paresseux, rigide, colérique….Comportements, attitudes, traits de personnalités que l’on pourrait étiqueter de « négatifs »…. de pas beaux, pas corrects…Voire même de pêché capital… houlala…
Et pourtant des personnages rayonnant d’humanité et d’une beauté si touchante….

Alors voilà ce que j’ai envie de te dire, c’est que, si aujourd’hui, tu as insulté le mec en trottinette qui t’a grillé la priorité (en plus il faisait trop son crâneur)
et que tu as zappé ton ¼ d’heure de méditation cosmico-trans-mutationnelle,
et que Paulette t’as entraîné à midi manger un kébab, alors que avant-hier tu as décidé d’arrêter la viande parce que c’est mieux pour la planète,
et que tu t’es pris un fou rire nerveux en écoutant ta collègue qui fait de la communication non violente à tout bout de champs lors de la réunion sur le budget…
et qu’en rentrant du travail tu as imaginé avec frénésie comment envoyer sur la lune le petit dernier de 4 ans qui venait d’être hyper créatif avec les ciseaux sur la fourrure du chat…
Et qu’en plus tu n’as pas révisé tes accords toltèques avant de dormir…
que du coup tu te culpabilises à cause de ton driver « sois parfait » parce que ta parole n’a pas été impeccable au sujet de l’improbable nouvelle coupe de cheveux de ta mère, avec qui tu n’as pas réglé ton Œdipe,
Que tu as raté ta tentative d’affirmation de toi-même avec ton voisin qui écoute trop fort Joe Dassin en boucle….(Noooon ton voisin n’est pas nécessairement un pervers narcissique ! La littérature est très claire à ce sujet, il n’y a pas de lien établi entre Joe Dassin et pervers narcissique),

Et bien non, tu n’es pas obligé de vouloir tout dégommer à grands coups de ho’oponopono ….

Peut être que ça veut juste dire que c’est ta façon à toi d’être bel et bien vivant, et que si tu considères un instant que la nouvelle version de toi-même peut attendre quelques heures dans l’espace des variantes et le champs des possibles, alors enfile le survêt que tu adores, même si il ne ressemble plus à rien, vu que tu l’as depuis le lycée, et regarde un film avec Jean-Pierre BACRI.

 

Merci à Jean-Pierre Bacri
Merci à tous ceux qui œuvrent avec créativité dans le champ du développement personnel

 

Dorothey Giachino 08/08/2018

* Jean-Claude Van Damme
Crédit photo : camille-orgel-551599-unsplash
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