Réflexion, créativité et beauté au service du leadership

Dans un article précédent sur le thème du coaching de dirigeant, je concluais sur l’importance du rôle sociétal du dirigeant et de la manifestation de son leadership dans notre monde VUCA.

Aujourd’hui, je vous propose d’aller explorer plus finement quelles en sont les spécificités, avec un focus sur la dimension de l’Etre et la connaissance de soi comme pilier fondamental du développement du dirigeant et de son leadership.

En effet, pour beaucoup, surtout dans les phases de démarrage et de développement, l’énergie et l’intention vont se porter sur la stratégie,  l’opérationnel, et la performance pure.

Alors ça vous intéresserait d’atteindre vos objectifs de façon fluide et avec élégance ?

Le point de départ c’est le dirigeant, et celui-ci est un être humain. Oui j’enfonce une porte ouverte. Alors si je me permets de l’enfoncer et de rappeler que le dirigeant est à la base un être humain et un mammifère, c’est que de nombreuses représentations, bien ancrées, circulent. Comme l’aspect super héros. Alors oui, c’est bien un parcours héroïque. Et si un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, ces dernières peuvent amener à des crises majeures et à un épuisement total, si l’Etre et le Faire ne sont pas bien équilibrés.

Vous avez vu Batman ? Il a une voiture hightech qui a dû faire fantasmer Elon Musk, un costume en vinyle seyant et il vit dans un manoir néogothique de 4000 m2. Et le soir, quand il rentre chez lui après avoir remis à leur place les très très méchants en disant « même pas mal !», il redevient Bruce Wayne, il vit un amour impossible avec Vicky Vale, et il est tout seul, assaillit par ses peurs, son passé traumatique et ses zones d’ombres. Et en même temps, sans ce passé, Bruce Wayne ne serait pas devenu Batman…. Et c’est pour ça qu’on les aime les super héros, ils nous renvoient à nos propres désirs de courage, à notre vulnérabilité. L’un de va pas sans l’autre, car pour faire preuve de courage, d’audace, nous devons accueillir notre vulnérabilité.

Ce qui nous ramènent à la dimension de l’ETRE, et la connaissance de soi. Et là, vous pouvez fermer Excel, ranger la Batmobile, et couper votre téléphone, ça ne sera d’aucune utilité.

Car aucune technologie et intelligence artificielle ne pourra jamais égaler qui vous êtes.

Alors c’est quoi la dimension de l’Etre ? Qui est la personne qui est dans le costume en vinyle ? Qu’est ce qui anime l’être humain qui est en dessous de la carapace ?   Et en quoi le fait d’y porter de la conscience dans son propre développement peut permettre de générer la différence qui fait la différence ?  Et si on allait au-delà de la performance ? Pour sortir de la boite.

 

Qui vous êtes, va déterminer comment vous manifestez votre leadership.

 

L’identité

L’identité est en lien avec votre sens de qui vous êtes. La perception que vous avez de vous-même et votre façon spécifique d’être dans le monde, et cela va déterminer le sens que vous mettez dans votre rôle et votre mission. La mission correspond à votre contribution unique qui vous permettra de réaliser votre vision, quels sont vos talents, capacités, ressources et actions dont vous allez faire preuve pour atteindre votre vision. Le rôle c’est quel type de personne devez vous être pour créer la vie que vous voulez. Quelles sont les compétences fondamentales pour être ce type de personne.

Lorsque vous clarifiez cette structure plus profonde de qui vous êtes, cela vous permet de vous exprimer de façon plus claire et plus satisfaisante dans vos comportements, actions, prise de décision…. Il s’agit de mettre en lumière vos compétences, aptitudes uniques et de les manifester pleinement.

Nous connaissons le précepte de Socrate « connais-toi toi-même », c’est le chemin d’une vie, et nous ne pouvons pas faire autrement que d’évoluer constamment avec plus ou moins de fluidité et de facilité. Il est des parts de nous qui resterons probablement des énigmes. C’est la fameuse image de l’iceberg qui illustre nos parts conscient (la pointe du haut émergée de l’iceberg) et l’inconscient (la grosse part immergée).  On se leurre souvent en imaginant que nous prenons des décisions rationnelles, et si on part de l’hypothèse que 90 % de ce que nous faisons est la résultante de la part immergée inconsciente, il est peut-être intéressant que d’aller l’explorer. Comme par exemple, identifier nos modes et schémas de pensées, les spécificités de notre intelligence émotionnelle, nos comportements, notre façon de communiquer et comment tout cela s’articule dans notre façon de fonctionner. Il y a aussi nos croyances (celles qui nous aident et celles qui nous desservent, à propos de nos propres capacités), nos valeurs, nos besoins, comment nous prenons soin de nous, comment nous posons nos limites, nos façons de prendre des décisions, de gérer le stress, l’anxiété…en sommes vos qualités et potentiels fondamentaux et aussi vos zones d’ombres.

Et ce qui est assez magique c’est que lorsque l’on s’autorise à aller explorer ses dimensions là de qui nous sommes, nous ouvrons également un espace pour nos proches, nos collaborateurs et équipes. Ainsi, ils peuvent à leur tour s’autoriser à faire de même. Générer une présence leur permettant d’exprimer et développer leurs aptitudes et capacités uniques. En reconnaissant chez nous notre essence, notre unicité, nous faisons de même avec l’autre.

Rappelons-nous que nous sommes avant tout des mammifères et en cela nous avons cette capacité, de part notre qualité d’être, notre biologie, ce de que nous dégageons, à faciliter une sorte de remaniement du cerveau limbique de nos semblables. Dans l’ouvrage A General Theory of Love les auteurs et neuroscientifiques Thomas Lewis, Fari Amini and Richard Lannon expliquent comment nous avons une capacité clé appelée « résonance limbique » : « une symphonie d’échange mutuel et d’adaptation interne par laquelle deux mammifères s’accordent aux états intérieurs de l’autre », qui est également le mécanisme de connexion communautaire.

Notion que l’on peut aussi retrouver dans les travaux de Amy Cuddy sur le langage corporel et les postures de pouvoirs où elle explique comment intuitivement nous allons plus facilement suivre, écouter et faire confiance à une personne qui produit moins de cortisol (hormone du stress).

C’est pourquoi, dans une dimension plus systémique et biologique, où on partirait de l’hypothèse que nous sommes tous interconnectés dans un grand tout, on peut développer une vision moins organisationnelle et plus organique.

S’éveiller à Soi

Il n’y pas de recettes toutes faites pour s’éveiller à soi, et bien souvent ce sont les circonstances de la vie, les blocages, les schémas répétitifs, les crises et les murs que l’on se prend qui nous invitent à ralentir, se poser et s’interroger différemment. Si on prend la définition de l’éveil dans le Robert on trouve : « Fait de sortir du sommeil ». Et aussi « Action de se révéler, de se manifester ».

On peut considérer qu’il s’agit de la dimension plus spirituelle de l’Etre et du Soi avec un grand S.

Lorsque j’aborde ici la notion du spirituel, il ne s’agit pas du religieux, mais plutôt de la définition philosophique : « Qui est de l’ordre de l’esprit, considéré comme distinct de la matière ».

On parle alors d’un sentiment d’existence, d’un état qui dépasse notre propre image de nous-même. Un état de conscience plus large. Cette dimension implique une connexion à quelque chose de plus vaste, plus grand, et se relie avec ce qui créer, donne du sens et un but à notre vie. Ici nous parlerons de vision. La vision c’est ce que vous voulez créer dans le monde à travers vous qui soit au-delà de vous.  Quel est le monde auquel vous souhaitez appartenir ?

Dans cet espace-là, on dépasse la dimension cognitive pour aller vers l’expansion du cœur et la connexion au champ plus collectif, à l’inconscient collectif comme le nommait Jung

La beauté

Cette connexion n’est pas réservée aux grands sages qui méditent en haut des montagnes. Nous en faisons tous l’expérience lorsque nous vivons un état de flow créatif, un moment d’émerveillement, et que tout notre être est en émoi par la lecture d’un poème, l’écoute d’un morceau de musique, ou la vue d’un paysage magnifique. Ou encore lorsque notre intuition, ou petite voix intérieure se manifeste et nous invite à autre chose, que la raison nous aurait dicté.

Charles Pépin, philosophe écrit dans son livre Quand la beauté nous sauve : « Nous avons besoin de la beauté, de ce que la beauté nous fait, pour retrouver ce talent de savoir s’écouter, cette confiance en soi, mais un soi ouvert, désireux de partager son goût, portant en lui la promesse d’un nous. Et nous en avons besoin aujourd’hui plus qu’hier ». Et il ajoute également : « C’est en ce temps de doute généralisé qu’il est plus vital que jamais de chérir l’esthète en nous, de multiplier les occasions de rencontres avec la beauté, de plaisir esthétique. Car l’esthète est cet homme capable de s’écouter quand, tout autour de lui, le monde crie des choses insensées ».

Si nous aimons autant la beauté, et les neurosciences le prouvent à présent avec les travaux de Pierre Lemarquis comme dans son ouvrage L’art qui guérit, c’est parce qu’elle nous fait du bien et qu’elle nous connecte à quelque chose de plus grand que nous. Par ailleurs le rapport de l’OMS du 11 novembre 2019 confirme que l’art peut être bénéfique pour la santé.

Notre empathie esthétique nous permet de s’éveiller à soi et au monde. Ce genre d’expérience nous reconnecte à cette partie de nous qui « sait », au fond de notre cœur ce qui est juste, notre vérité unique. Un autre lien entre conscient et inconscient.

Enfin, se connecter à son sens artistique, à l’esthète qui est en nous, permet d’accéder à une autre dimension de la compréhension de notre propre histoire, et s’ouvrir à la perception que nous pouvons être bien plus que nous même, et ainsi innover, et sortir de la boite.

 

Espace de réflexion et créativité

En tant que coach et superviseur de coach, je travaille de plus en plus avec des dirigeants et des professionnels de l’accompagnement, qui au-delà de la performance et des questions relatives à de l’opérationnel pur, s’interrogent sur la dimension plus vaste du sens et de qui ils sont.

Il s’agit d’une démarche réflexive et créative. Dans son ouvrage Reflect to Create, Elaine Patterson écrit ceci au sujet de cette démarche « La réflexion nous permet de mettre du sens et de créer de la compréhension sur nos expériences du passé dans le présent, le présent dans le présent, et le potentiel depuis le futur émergeant. La réflexion nous supporte dans notre quête de la sagesse.

La réflexion est un processus d’apprentissage, qui a son top, engage de subtiles multi-couches, les facultés multi dimensionnelles de notre esprit, corps, cœur et âme, pour libérer ou remodeler ce qui est déjà présent, ou à créer, avant de développer des fonctionnements de pensées plus génératifs. Cela nous permet, dans notre relation aux autres et au monde, de survivre, prospérer et fleurir.

Explorer l’essence de qui nous sommes, qui nous sommes en train de devenir et comment nous travaillons. »

Au sujet de la créativité : « Comme l’apprentissage, la créativité est naturelle. C’est notre héritage. La Créativité est une énergie et une force de vie qui nous définit. Elle est inhérente à qui nous sommes. Se mouvoir à travers le connu et le donné est l’un des plus gros défis de notre temps.

C’est l’art d’apporter du nouveau dans le monde. La créativité peut être exprimée par un nouvel insight, une nouvelle façon de travailler, penser, être en relation, créer un nouveau produit, écrire, dans les arts… Ce sont aussi les choix que nous opérons minute par minute. Qui nous sommes de façon unique et comment nous pouvons créer de façon unique.

Pas seulement qui nous sommes, mais aussi qui nous sommes en train de devenir. La créativité est le chemin pour être et interagir dans le monde. La réflexion est le processus »;

Notion que l’on retrouve dans l’ouvrage de Daria Halprin, La force expressive du corps : « Comme l’inconscient, la créativité fonctionne comme un réservoir souterrain qui s’écoule au-dessous du niveau de l’évidence et de l’apparence du quotidien. En ouvrant le canal de la créativité, nous redonnons accès à l’inconscient et au monde intérieur de notre intuition identitaire, donnant libre court à notre mental, à ces vagabondages et aux trébuchements sur un matériau qui ne demande qu’à émerger.  »  » L’imagination est le lieu de rencontre où l’ancien et le nouveau se retrouvent- ce qui a été, ce qui est, et ce qui pourrait être. « 

 

Aucun algorithme ne peut égaler la magie de la créativité humaine.

 

Alors qui êtes-vous ? et qui êtes vous en train de devenir ?

Quelle place laissez-vous à la réflexion et à la créativité dans votre leadership ?

Quelle place faites-vous à la beauté et à l’intuition dans votre vie ?

 

Charles Pépin, dans Quand la Beauté nous sauve : « Luxe hier, et si le jugement réfléchissant devenait aujourd’hui nécessité ? Faire preuve de jugement réfléchissant c’est être capable d’intuition. Voilà ce que la beauté nous fait : elle nous apprend à développer notre intuition…. Chaque émotion esthétique nous rappelle que nous pouvons être créateurs ».

Je vous souhaite, une belle journée pleine de douces réflexions, créatives, intuitives, inspirantes et génératives.

 

Dorothey

 

Bibliographie :

Quand la beauté nous sauve. Charles Pépin. Editions Robert Laffont. 2013

A General Theory of Love. Thomas Lewis. Fari Amini. Richard Lannon. Vintage Edition. 2000.

Reflect to Create. Elaine Patterson. IngramSpark. 2019

Être Coach, de la recherche de performance à l’éveil. Robert Dilts. InterEditions. 2008

L’art qui guérit. Pierre Lemarquis. Editions Hazan. 2020

La force expressive du corps. Daria Halprin. Editions le Souffle d’Or. 2014